Personne ne nous apprend à gérer la charge mentale parentale

Nina Ramen-charge-mentale-parentale-dirigeante

Je ne sais pas toi, mais moi j’ai toujours vécu avec le mythe qu’être mère, ça devait être instinctif. Que le jour où mon fils arriverait, je saurais quoi faire. Et même si c’est parfois difficile, c’est un passage obligé, on n’a pas le choix.

Dans notre société, la parentalité est vue comme quelque chose d’inné ou de transmis de façon très informelle par les gens autour de toi. Et quand on est une femme, on grandit avec ce concept d’instinct maternel.

Sauf que l’instinct maternel, biologiquement, ça n’existe pas. Il n’y a pas de gène « être douée avec les enfants” dans nos chromosomes, pas de codage génétique qui ferait qu’on serait davantage faites pour éduquer des enfants.

C’est ce dont parle Lili Sohn dans son livre Mamas – Petit précis de déconstruction de l’instinct maternel

« N’importe quelle sage-femme qui exerce en salle d’accouchement vous le dira : il n’y a pas d’instinct maternel. J’ai observé des milliers de femmes, tout juste accouchées, assisté à la création de ce lien avec l’enfant. Anna Roy – Sage-Femme & Autrice C’est ma grossesse

C’est un sentiment qui a été construit, notamment pour assigner les femmes au travail parental. Le problème, c’est que même construit, il ancre en nous cette idée : la parentalité dépend de nous, c’est notre travail. Et ce travail devrait être normal, facile et naturel.

Alors forcément, quand j’ai galéré, je l’ai vécu comme un échec personnel.

Ça, c’est la charge mentale parentale : porter seule le poids de savoir quoi faire, sans qu’on te l’ait jamais appris.

Et c’est le même mécanisme qui pousse tant de dirigeantes à être des « gentilles patronnes » au bureau : céder, s’excuser, se mettre en dernier. On nous éduque à être aimées avant d’être respectées, à la maison comme en entreprise.

J’en ai aussi parlé dans un épisode de podcast. Tu peux l’écouter ici : Comment j’ai surmonté la honte d’être une « mauvaise mère »

Le jour où j’ai compris que quelque chose déconnait

J’ai lancé ma boîte en même temps que je suis tombée enceinte.

J’avais 9 mois pour créer une entreprise rentable, et préparer mon arrivée dans la maternité dans le même temps. De ma grossesse jusqu’aux 2 ans de mon fils, j’étais tiraillée entre mon travail et mon rôle de mère. Il y aurait probablement un épisode entier à faire dessus mais je veux surtout te parler de la suite.

À la maison, tout était difficile avec mon fils. Tout, tout le temps : le bain, les repas, lui faire faire quoi que ce soit. Il était extrêmement agité. Et dans ma tête, j’avais 2 options qui tournaient en boucle : 1) soit c’est normal et il faut attendre que ça passe, 2) soit je suis censée savoir quoi faire et je n’y arrive pas. Dans les 2 cas, ça ne va pas.

Je me sentais épuisée, mauvaise dans mon rôle de mère et je culpabilisais terriblement. Toute cette énergie, c’était autant d’énergie en moins pour mon entreprise. Pour mon conjoint, c’était exactement pareil : lui aussi était à bout.

Le déclic est venu le jour où mon fils a couru après son père, une barre de fer à la main (je te passe les circonstances mais c’est le genre de fin de “tunnel du soir” où tout le monde est à bout). Là, je me suis dit : il y a quand même quelque chose qui cloche.

Dans cet article, je te raconte ce qui a changé pour moi, et pour nous en couple, le jour où j’ai arrêté de subir ma parentalité pour la traiter comme un vrai sujet, avec une vraie méthode.

On se forme à tout, sauf à être parent

Dans mon business, je pilote mes boîtes avec des process. Je me fais accompagner en coaching et je me forme dès que je veux apprendre quelque chose (récemment, j’ai investi pour me former à l’IA). Mais la parentalité est le seul sujet sur lequel je ne m’étais jamais formée.

Il faut dire qu’on part avec un handicap que nos grands-parents n’avaient pas. Avant, les enfants grandissaient entourés de plusieurs adultes. La famille élargie, le voisinage, une communauté qui transmettait les codes de façon informelle. Il y avait plus de bras pour porter un enfant, et plus de bouches pour expliquer comment faire.

Cette structure-là s’est délitée. Il y a moins d’adultes disponibles autour de l’enfant, moins de transmission du savoir parental, plus personne pour montrer comment faire. Les parents sont isolés, avec plus de charge mentale, moins d’aide, et zéro outils. On se retrouve à galérer seules en se demandant ce qui cloche chez nous.

La réponse est rien.

La guidance parentale et le protocole Barkley

J’ai commencé à investiguer, un peu comme je le ferais pour n’importe quel sujet business. C’est comme ça que je suis tombée sur le concept de guidance parentale (une conversation avec une des Patronnes que j’accompagnais m’avait aussi orientée vers ça). Et notamment sur un protocole testé scientifiquement, structuré en plusieurs séances, chacune avec un objectif précis. Le protocole Barkley.

J’ai adoré le voir comme un protocole d’entreprise, parce que c’est ce que je connais le mieux. Une personne forme les parents, ici c’est Virginie Rota, sur 8 séances, uniquement avec eux : l’enfant n’est jamais présent. Le but, transmettre des compétences que les parents appliquent ensuite eux-mêmes. C’est pensé notamment pour les enfants TDAH ou avec un trouble de l’opposition.

(Moi, je suis diagnostiquée TDAH et TSA. Lien ou pas, la question n’est même pas là : on devrait tous arriver dans la parentalité avec ces outils-là, diagnostic ou pas.)

Voici les 3 leviers qui m’ont le plus aidée.

Levier 1 : Un espace pour sortir le couple du mode “survie”

La 1ère chose qui a changé, c’est d’avoir un espace dédié pour parler de la parentalité. Chez nous, ça se passait en visio (facile à caler, pas besoin de se déplacer), chaque semaine, avec mon conjoint. On parlait uniquement de notre enfant, des difficultés et aussi des règles communes.

Parce que la réalité quand on est parent, c’est que ces règles, on ne les pose jamais en amont.

On le fait quand tout le monde est déjà à cran, entre le bain et le dîner. On se met à négocier, à argumenter, à se disputer devant l’enfant.

Ce protocole nous a appris à faire l’inverse. Réfléchir à la stratégie AVANT, à froid : qui fait quoi, avec quelles ressources, sur quels arbres de décision. Et une fois en situation, dans le tunnel du soir, on n’a plus à décider, on a juste à appliquer ce qu’on avait déjà validé ensemble.

Et ça, ça a fait sauter une charge mentale que je ne voyais même plus. J’étais devenue la manager de mon couple sur ce sujet. Celle qui lit, qui se forme, qui explique à mon co-parent quoi faire, puis qui vérifie que c’est fait. Ce travail de s’éduquer, puis de transmettre à l’autre, puis de faire appliquer, c’est un travail invisible massivement porté par les femmes. C’est pas vraiment un hasard, on est conditionné à ça : mon fil Instagram me propose 1001 conseils parentaux. Celui de mon mec lui propose des matchs de foot.

J’ai vu la même dynamique à l’œuvre dans ma vie amoureuse : cette charge mentale de réflexion et de transmission, on nous conditionne à la porter, dans le couple comme dans l’équipe. Et l’énergie qu’on y met, il n’en reste plus pour diriger sa boîte.

Avec un espace où on consacre tous les deux le même temps sur le même sujet (notre enfant), avec quelqu’un de neutre qui forme, transmet et demande du feedback chaque semaine, cette charge mentale-là a arrêté de reposer sur moi seule. On s’est retrouvés dans la même équipe, à essayer de résoudre les mêmes problèmes. Plutôt que l’un contre l’autre.

Levier 2 : Des outils concrets

3 choses ont eu un effet immédiat, presque dès la 1ère semaine.

  1. Donner des consignes précises, une par une. “Tiens-toi correctement”, ce n’est pas une consigne, c’est trop flou pour l’enfant. “Mets tes 2 pieds sur le repose-pied” en est une. “Mange avec ta fourchette”, en est une autre. Mais les 2 consignes à la fois, c’est déjà trop. Surtout pour un enfant qui a peu de temps d’attention. Je formulais mal mes demandes sans m’en rendre compte.
  2. Réaliser des routines identiques, peu importe qui s’en occupe. On s’est mis d’accord sur qui fait quoi, à quelle heure. Parce qu’avec moi, le rituel bain / repas / coucher de notre fils était bouclé à 20h30. Avec son père, la routine explosait et on se retrouvait couchés à pas d’heure. La routine crée de la répétitivité pour l’enfant et elle garantit du temps entre adultes le soir. J’ai même construit ma propre page de routine avec des post-it (tu sais à quel point j’adore créer des choses).
  3. Instaurer le bocal à jetons. On définit ensemble 3 missions (pas +), que l’enfant doit réaliser chaque jour pour gagner des points, cotées de 1 à 3 selon la difficulté. Les missions sont très précises : “Quand maman demande d’aller prendre le bain, je vais prendre mon bain”, pas “je respecte la routine du soir” (trop flou). Quand notre fils range ses jouets, il a 1 point. Quand il va au bain, c’est 3 points, etc. Les jetons s’accumulent dans le bocal et donnent droit à des privilèges, pas forcément matériels : 5 jetons, c’est la danse des champions avec papa et maman.

Ces outils ont marché dès la 1ère semaine. Parce que mon fils, quand on lui explique son intérêt, comprend très bien.

J’ai même adapté la méthode à d’autres situations. Pendant les vacances, mon fils était gardé à la maison alors que j’enchaînais les appels, et il débarquait dans mon bureau. Alors on a mis en place un système de panneau rouge/vert accroché à mon bureau : rouge, tu peux venir faire un bisou et repartir vite, maman est au téléphone. Vert, tu peux rentrer quand tu veux. Un outil tout simple pour recréer un cadre de travail, tout en aidant mon fils à comprendre où étaient les limites.

Levier 3 : traiter sa parentalité comme un investissement

Aujourd’hui, payer pour se faire accompagner dans sa parentalité, c’est encore tabou. On fait appel à des psys pour soi, parfois pour ses enfants, mais on se dit rarement qu’on va payer pour apprendre à être un meilleur parent.

Sans oublier que la parentalité est un travail majoritairement porté par les femmes : lire, s’éduquer, former son conjoint, vérifier que c’est bien fait. Le repositionner comme un sujet de couple, et investir dedans, ça décharge les femmes. Et surtout, ça met tout le monde dans la même équipe. Ces compétences sont transposables à tous les âges, donc c’est un investissement qui sert pour toute la suite de ta parentalité. Moi, ça m’a redonné confiance dans ma capacité à être parent.

Pourquoi ça concerne aussi ton business

Dire à une dirigeante de réussir professionnellement sans regarder tout ce qu’elle porte (charge domestique, charge mentale parentale) c’est lui dire “travaille encore plus” alors qu’elle a déjà un boulet au pied qui la freine.

C’est exactement pour ça que dans Les Patronnes, je ne traite pas que la stratégie business. On regarde aussi ce qui coûte de l’énergie ailleurs, ce qui empêche de se sentir libre intellectuellement, ce qui les épuise au quotidien. Comment on trouve un équilibre entre son identité de parent et son identité d’entrepreneuse, sans sacrifier l’une pour l’autre. Et ça inclut la parentalité. C’est exactement ce que je raconte quand j’explique comment arrêter de se suradapter dans sa boîte : ce qui coûte de l’énergie ailleurs finit toujours par se payer dans ton business, même quand ça n’apparaît nulle part dans un compte de résultat.

Dans mon accompagnement individuel, ce n’est jamais un sujet à côté. Une session peut très bien démarrer sur un blocage de croissance et finir sur ce qui se joue à la maison le soir, parce que c’est souvent la même énergie qui manque aux 2 endroits. Traiter la parentalité comme un chantier, avec un vrai protocole plutôt qu’en mode débrouille, libère justement l’énergie dont ton business a besoin pour tourner.

La guidance parentale a changé ma charge mentale parentale, et mon business en a profité aussi. Et si tu veux un espace où on ne t’annihile ni dans ta dimension de coparent, ni de mère, ni de femme, tu peux postuler aux Patronnes.

Je suis Nina Ramen

J’aide les entrepreneuses à (re)construire un business rentable
à partir de leurs propres critères.

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