On te demande d’être indépendante. Et en même temps on te dit que tu fais fuir les mecs.
On te demande de prendre le pouvoir. Et en même temps d’attendre d’être choisie.
C’est pour ça que je voulais parler d’amour dans un podcast qui parle de business.
Un jour, une de mes clientes arrive en séance avec un problème business : son CA stagne. Elle n’arrive plus à aller chercher de l’argent.
On creuse ça ensemble et ce qui ressort, c’est ça : “Si je gagne plus, je vais faire peur aux hommes. Et je retrouverai pas le père de mes enfants.”
Cette femme fait plusieurs centaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires. Elle est dans la 40 aine, célibataire. Elle dirige tous les aspects de son business. C’est une femme brillante, autonome, volontaire.
Et sans en avoir conscience, elle freinait sa propre croissance.
Ce n’est pas un cas isolé. Je le vois revenir très régulièrement chez mes clientes.
On ne peut pas séparer le pro du perso
On nous répète H24 de “séparer la vie pro de la vie perso”.
Sauf que quand on est une femme, ces 2 mondes ont chacun leur racine dans l’autre. On nous demande d’être indépendantes ET d’attendre d’être choisies. De prendre le pouvoir ET de ne pas dépasser le seuil qui dérange. D’être ambitieuses ET de rester suffisamment petites pour qu’un homme trouve sa place.
L’énergie que tu passes à gérer ta vie sentimentale, c’est de l’énergie que tu ne mets pas dans ton business.
Je l’ai vécu. Entre mes 18 et mes 28 ans, la peur de ne jamais trouver quelqu’un a été le plus gros sujet de ma vie. J’y pensais tous les jours. Ça me coupait de ma partie professionnelle. Je le dis sincèrement : je n’aurais jamais pu monter mon entreprise au niveau où elle est si j’avais continué à mettre autant d’énergie sur mon couple.
À l’inverse, avoir rencontré quelqu’un qui me sécurise m’a libéré de l’espace pour mettre toute mon énergie dans ma boîte. L’énergie que tu passes à te demander à quelle heure ton mec rentre ou à gérer une relation qui t’insécurise, c’est de l’énergie que tu ne mets pas dans ton entreprise.
Bref. Ces sujets sont connectés. Et on a tendance à vouloir prétendre qu’ils ne le sont pas.
Les entrepreneuses sont les sorcières de notre génération

La sorcière, ce n’est pas un chapeau pointu.
C’est un archétype. Très bien décrit par Mona Chollet dans Sorcières : la femme autonome qui n’avait besoin de personne pour vivre. Elle vivait seule, souvent sans mari, sans enfant. Indépendante économiquement. Souvent guérisseuse, elle prenait soin du village et des autres femmes. Une femme qui avait, à son niveau, un certain pouvoir.
La chasse aux sorcières a visé en priorité 3 figures de femmes qui échappaient au contrôle masculin : les femmes indépendantes, les femmes sans enfants et les femmes âgées.
Ces 3 figures restent stigmatisées aujourd’hui.
Et l’entrepreneuse à succès hérite exactement de cette image.
Si tu te montres trop riche, trop puissante, tu vas faire fuir les hommes. Tu vas finir seule. Tu n’auras pas d’enfant. Une sorcière.
La menace n’a pas changé de forme. Elle a juste changé de vocabulaire : “T’es trop indépendante. Tu sais trop ce que tu veux. Tu fais fuir les mecs. Tu finiras seule avec tes chats.”
L’injonction à la maternité est très forte dans nos sociétés. On nous enseigne depuis l’enfance que réussir en tant que femme, ça passe par avoir un enfant, un partenaire. Et conditionner ça revient à dire : ne te fais pas trop grande, ne rivalise pas trop avec les hommes sur le plan professionnel, pour te laisser plus de chances de trouver quelqu’un.
Ce qui faisait peur hier avec la sorcière, c’est l’autonomie économique des femmes qui fait toujours peur : “si tu gagnes plus que moi, à quoi je sers ?”
Comment on te fait payer ton indépendance
Quand une femme réussit et assume sa puissance, elle s’entend dire :
- “Toi t’as pas besoin d’un mec.”
- “Toi tu sais trop ce que tu veux.”
- “Toi tu fais fuir les hommes.”
Ma cliente s’entend dire par les hommes qu’elle fréquente : “De toute façon, toi tu gagnes tellement d’argent, c’est facile pour toi.”
Sous-entendu : t’as besoin de rien. Donc elle reçoit moins d’attention, moins de soin, moins de cadeaux. Elle est moins bien traitée que des femmes qui auraient moins réussi professionnellement.
Ce n’est pas qu’un ressenti.
Les études le montrent : dans les couples hétéros, la part des femmes qui gagnent plus que leur conjoint chute brutalement dès qu’on dépasse le seuil du 50/50. Quand la femme gagne davantage, la satisfaction conjugale baisse, le risque de divorce augmente légèrement. Et elle finit par assumer plus de tâches ménagères. Comme pour compenser sa réussite et l’impression de ne pas être assez présente au foyer.
Il y a une double peine derrière tout ça.
Une femme perçue comme compétente et sûre d’elle est jugée moins sympathique. Plus tu es compétente, moins on vient t’aider. Les femmes puissantes sont les dernières servies. Ce qui devrait être vu comme une qualité est traité comme un handicap, sous prétexte qu’un homme “ne trouverait pas sa place”. T’as déjà tout, t’as besoin de rien, donc à quoi il servirait ?
Les 3 réactions que je vois chez mes clientes
Face à ça, j’observe 3 réactions.
1. Se minimiser pour plaire
En date, elles arrondissent leur réussite : elles se font plus petites, se suradaptent à l’autre et se masquent.
Au lieu d’être aimées pour qui elles sont, dans toute leur puissance, elles cachent une partie d’elles-mêmes. Et elles ne sont jamais vraiment elles-mêmes dans la relation.
2. L’autosabotage entrepreneurial
Plutôt que de gérer la peur, elles brident leur business.
Elles ne vont pas chercher l’étape suivante parce qu’elles se disent que ce ne serait “pas compatible”. Le sabotage amoureux produit le sabotage entrepreneurial. C’est exactement ce qui se passait chez ma cliente : freiner sa croissance, c’était inconsciemment préserver ses chances de trouver un partenaire.
3. Attendre
On éduque les femmes à croire que l’amour, ça arrive par magie. Qu’il ne faut pas le provoquer.
Alors elles se retrouvent dans une contradiction absurde : puissantes dans leur business (elles vont chercher des clients, ouvrent des marchés, construisent des équipes), mais totalement passives dans leur vie amoureuse. Persuadées qu’il n’y a rien qu’elles puissent activer.
C’est un script très genré. Liv Strömquist le montre très bien dans Les Sentiments du Prince Charles : l’amour hétéro est écrit pour que les femmes donnent leur énergie et attendent en retour. La femme qui fait 10 dates par semaine sera jugée négativement. Alors que le mec est vu comme un Don Juan.
Bref. Puissantes dans leur business, passives en amour, et personne ne leur dit que c’est appris, pas inné.
Reprendre le pouvoir : traiter l’amour comme un projet
Voici la bascule qu’on travaille ensemble.
L’amour n’est jamais qu’un recrutement. Et un recrutement, c’est une structuration et un process.
Ça parait peu romantique. Mais, ce sont souvent des femmes qui tombent amoureuses de mecs dont les critères ne leur correspondent pas : quelqu’un d’indisponible émotionnellement, qui ne veut pas s’engager, qui a un rapport à l’argent radicalement différent. Et elles se retrouvent bloquées dans des relations vouées à l’échec.
Levier 1 : passer de “être choisie” à “choisir”
La 1ère chose qu’on fait ensemble, c’est définir une grille de critères à partir des expériences passées : les souhaitables, les indispensables, les rédhibitoires.
Cette grille permet, avant même de tomber amoureuse, de se demander “est-ce que je vais plus loin, ou pas ?”. Elle redonne du pouvoir : au lieu de se demander “comment être choisie”, on se demande “quels sont mes critères de choix, et comment je les teste”.
Levier 2 : se décomplexer
Chercher un partenaire, ce n’est pas honteux.
On peut se dire “en ce moment, je cherche quelqu’un” et mettre en place des actions : préqualifier, multiplier les rencontres, tester la connexion. On a tellement romantisé l’amour avec cette idée qu’il doit te tomber du ciel alors que c’est probablement le projet le plus important de ta vie.
Quand tu lances une offre, tu ne sais pas à 100% si ça va marcher. Mais ça ne t’empêche pas de mettre les moyens. Là, c’est pareil.
Levier 3 : poser des limites qui protègent ton désir et ta puissance
Éviter l’overgive. La dépendance émotionnelle. L’attente d’engagements qui ne viennent pas.
Rester dans un processus joyeux, où tu sens que tu as du pouvoir. Pas dans un processus où tu subis la pression sociale qui pousse tellement de femmes à baisser leurs critères. Faute d’avoir fait ce travail, elles se contentent d’un partenaire médiocre. Alors que c’est probablement le choix le plus important de leur vie.
Ce que je veux que tu retiennes
Être une femme entrepreneuse avec de l’ambition, ça ajoute une couche de complexité.
La société, à travers ce prisme, pousse encore à se rapetisser. À revoir ses ambitions à la baisse. Comme si réussir professionnellement t’obligeait à perdre sur le plan personnel.
Mais tout ce que tu fais professionnellement serait vu comme un avantage pour un homme. Alors pourquoi ce ne serait pas un avantage pour toi aussi ?
Tu es une femme qui prend sa place. Dans ton business, tu n’attends pas qu’on te donne la permission. Tu crées tes critères, tu vas chercher tes clients, tu construis ce que tu veux.
Il n’y a pas de raison que ce soit différent dans ta vie amoureuse.
Et si tu veux qu’on travaille ensemble l’alignement entre qui tu es, ta performance et ta vie en dehors du travail, c’est exactement ce qu’on fait dans Les Patronnes : 2 jours en présentiel avec d’autres dirigeantes, puis 3 mois de coaching individuel.