Guide de survie aux évènements quand on est une dirigeante débordée

La semaine dernière, une de mes clientes est venue me voir, un peu désolée.

Elle venait d’organiser un événement pour ses clientes et son équipe. Un vrai beau moment : de quoi célébrer, tout le monde réuni autour d’elle, du budget investi pour que ce soit réussi. Sur le papier, c’est le genre de journée qui devrait lui faire plaisir.

Sauf qu’elle en est ressortie complètement vidée. Elle savait déjà qu’elle mettrait plusieurs jours, peut-être plusieurs semaines, à s’en remettre. Roulée en boule dans son lit. Et je ne te parle pas d’un “peu de fatigue après un gros événement”.

Ça s’appelle le cycle excitation-crash. Enthousiasme avant, énergie mobilisée pendant, effondrement après.

J’ai moi-même beaucoup vécu ça. Longtemps, je me suis dit que j’étais introvertie, que les interactions sociales me coûtaient plus qu’à d’autres. C’est en creusant les sujets de neuroatypie que j’ai compris : j’étais autiste et TDH, et mon cerveau était largement responsable de ces cycles. Si tu veux le détail de ce parcours, je raconte mon histoire complète ici.

Ce que je vais te partager ici (que tu sois diagnostiquée ou pas) : les 3 types de déclencheurs qui vident ta batterie, comment les neutraliser avant et pendant un événement, et le sas de décompression après.

Tu peux écouter l’épisode complet du Divan des Patronnes juste ici

Ce qui se passe vraiment dans ton cerveau lors d’un crash

C’est un peu comme si 2 parties de ton cerveau tiraient chacune dans des directions totalement opposées.

Le TDAH : chasing for dopamine

Le TDAH, c’est une dérégulation de la dopamine : on cherche la nouveauté, la stimulation, l’excitation. Un événement, c’est parfait pour ça. Ça nous garde en alerte, ça nous aide même à nous concentrer. J’ai des clientes qui n’arrivent à se concentrer que dans l’interaction, qui ont besoin des autres pour réfléchir. Un événement professionnel, c’est leur environnement idéal. Jusqu’à ce que la stimulation s’arrête et que le vide qui suit soit d’autant plus profond que le pic était haut.

L’autisme : le cerveau qui ne filtre rien

L’autisme, c’est plutôt l’inverse : le cortisol qui grimpe, un cerveau qui ne filtre pas grand-chose. Tout arrive très fort, les émotions comme les sons. Cette partie-là aime rester tranquille, faire les mêmes choses, être protégée. Dans un événement, tout débarque en même temps : le bruit, la foule, les lumières, les codes sociaux à simuler. Le cerveau travaille 10 fois plus fort que d’habitude pour naviguer dans le même environnement que tout le monde.

La tension AuDHD

Quand les 2 coexistent, c’est ce qu’on appelle l’AuDHD. Une partie du cerveau part en mode chasing for dopamine, elle veut aller aux événements. Et l’autre partie, une fois plongée dedans, se retrouve vite débordée : trop de bruit, trop d’imprévus, trop de scripts sociaux à improviser.

On a envie d’y aller. Et, on en revient épuisée. Les 2 sont vrais en même temps. C’est exactement ce qui rend ce cycle incompréhensible de l’extérieur et difficile à accepter pour soi.

Les 3 types de déclencheurs qui vident ta batterie

Moi, j’appelle ça ma batterie autiste. Ou mes points de vie. Appelle-les comme tu veux. Il y en a 3 catégories et c’est leur accumulation silencieuse tout au long d’un événement qui explique le crash du retour.

1. Le sensoriel

Tout ce qui sollicite les sens : le bruit, les lumières, les odeurs, la foule. Pour moi, c’est principalement le bruit. Je supporte très mal les cafés avec des bruits de couverts, les open spaces, les salles de conférence bondées. Et je déteste les environnements sans lumière naturelle : murs blancs, moquette grise, néons. 2 jours dans une salle aveugle me vident, même quand je n’en suis pas consciente sur le moment.

La sensorialité, c’est pas que de l’hypersensibilité. Il y a aussi l’hyposensorialité : sentir les choses moins fort. Moi par exemple, je sens très peu les goûts. Je mange ultra-épicé depuis toujours. C’est ça aussi, la dérégulation sensorielle.

Un dernier point qu’on oublie souvent : l’interoception. La sensation de faim, de soif, de fatigue. Je sens très peu ma soif. Sans alarme programmée, je peux passer une journée entière d’événement sans boire. Ça paraît mineur. Mis bout à bout, ça contribue au crash.

2. La rigidité

La rigidité, c’est le besoin de prévisibilité, de routines. Beaucoup de femmes ne se reconnaissent pas dans ce mot. Concrètement : moi, j’écris toujours dans le même carnet, avec le même stylo. Je fais les choses dans un certain ordre. Ce sont des choses dont je peux me passer, mais ma vie va mieux quand je les respecte.

Un événement professionnel, c’est l’inverse : lieu inconnu, programme qu’on ne contrôle pas, repas dans des restaurants non choisis à l’avance, questions imprévues, changements de dernière minute. Chaque micro-adaptation consomme quelques points de vie. C’est ça, le crash du retour.

Beaucoup de femmes ne se reconnaissent pas dans la rigidité parce qu’elles ont appris à se suradapter, exactement ce que je décris dans mon guide pour arrêter de se suradapter dans sa boîte. Mais le masquage n’annule pas le coût. Il l’invisibilise.

3. Le social

Le social, c’est les interactions pleines d’implicites qu’on ne maîtrise pas.

Le small talk en est l’exemple parfait. On parle de la météo, mais personne ne s’intéresse vraiment à la météo : ce qui compte, c’est l’ambiance. Pour nous, parler de la météo avec quelqu’un qui peut regarder par la fenêtre, ça n’a aucun sens. Ça ne veut pas dire qu’on n’aime pas les gens. Ça veut dire qu’on joue un jeu dont on ne comprend pas les règles. Et ça épuise.

Ça ne concerne pas que le small talk. Les déjeuners où il faut à la fois manger, parler, filtrer le bruit du restaurant, suivre les dynamiques de groupe. Les fins de conversation à gérer sans froisser personne, un peu comme le conditionnement qui pousse à être une Gentille Patronne. Tout ça s’accumule, sans qu’on s’en rende compte sur le moment.

Et ça marche aussi dans la vie perso. L’anniversaire de mon fils par exemple, c’est un événement à part entière : les enfants qui crient, les parents des copains à gérer, les scripts sociaux dans tous les sens = les 3 déclencheurs en même temps sur ma batterie autiste.

Avant l’événement : les protocoles d’anticipation

Réduire l’incertitude

L’objectif : supprimer un maximum d’inconnues avant d’arriver.

Si c’est toi qui organises : choisis des lieux que tu connais. Moi, j’organisais mes propres événements toujours dans les mêmes hôtels. Plus de phase d’adaptation, plus de “est-ce que le lit sera bien, la salle correcte”. C’est éliminé.

Si tu ne choisis pas le lieu : regarde des photos, lis des avis précis sur la literie et le bruit, projette-toi sur l’espace. Anticipe le déplacement dans le détail : de chez toi à la gare, combien de temps en comptant large, qu’est-ce que tu fais si le taxi ne vient pas. Regarde les restaurants autour du lieu avant le jour J, pour ne pas te retrouver à courir pendant la pause déj et manger quelque chose à la va-vite.

Chaque micro-anticipation semble insignifiante. Mise bout à bout, elle t’évite de finir l’événement vidée par mille petits imprévus.

Crée-toi des ancres. Moi, c’est le même carnet, le même stylo. Dans un environnement que je ne maîtrise pas, ces objets me raccrochent à quelque chose que je connais.

Te protéger sensoriellement

Prévois tes protections avant de partir, pas une fois sur place.

Je te conseille les Loop Earplugs : des bouchons d’oreilles qu’on peut régler pour laisser passer les conversations. Tu entends beaucoup moins les bruits parasites et beaucoup mieux les discussions. Dans un environnement bruyant, ça change tout en fin de journée.

Si tu sens peu ta soif comme moi : programme une alarme pour boire.

Si la restauration risque de ne pas te convenir : amène quelque chose que tu aimes.

Repère les espaces extérieurs autour du lieu pour tes pauses.

Si les néons te coûtent, cherche les salles avec des fenêtres ou sors régulièrement.

Préparer tes scripts sociaux

Les relations sociales avec d’autres personnes, je le gère avec des scripts. Ça me rassure et ça m’économise de l’énergie pour ce qui compte vraiment.

J’ai une liste de questions que je pose systématiquement dans les événements. Toujours les mêmes. Il y en a une que j’utilise beaucoup : « En ce moment je cherche des podcasts à écouter, t’as des recommandations ? » La personne parle de ce qu’elle aime, moi j’apprends quelque chose et on évite complètement la météo et le trajet en commun.

Autre exemple, pour refuser les invitations à prendre un café, j’ai une phrase fixe : « Je ne prends pas de café parce que je réserve mon temps soit à mes clientes, soit à ma famille. Par contre, si c’est sur un sujet précis, écris-moi à hello@ninaramen.com. » C’est une phrase que je n’ai pas à reformuler sous pression, dans un couloir bruyant, avec quelqu’un qui attend une réponse.

Pour clore une conversation, je dis : « Écoute, ça m’a fait plaisir de te parler. Ce que je te propose, c’est qu’on fasse un tour et qu’on se recroisera dans la soirée si l’occasion se présente. » C’est toujours la même formulation, ou presque. Le confort cognitif d’une phrase connue, ça préserve mes points de vie.

Et, comme mon cerveau TDH oublie beaucoup, j’utilise aussi Plaud : un petit micro qu’on peut porter sur soi et qui enregistre et transcrit les réunions (avec le consentement des personnes). Ça m’enlève la charge mentale de prendre des notes.

Pendant l’événement : les bulles de recharge

Quoi qu’il arrive, un événement te coûte des points de vie. Donc l’objectif, c’est de ne pas arriver à zéro avant la fin.

Pendant les pauses : sors dehors. Le dehors, c’est plus calme, c’est de la lumière naturelle, c’est un changement de stimulation. Arrive à l’heure pile pour éviter le small talk pré-séance, ces 20 minutes où les gens tournent avec leur café et cherchent une conversation.

Les repas, c’est parmi les moments les plus coûteux d’un événement. Il faut manger, parler, filtrer le bruit du restaurant, suivre les dynamiques de groupe. Alors quand j’organise mes propres événements pour mes clientes, il m’arrive de déjeuner seule dans les locaux. Je fais de l’aquarelle une demi-heure. Je reviens l’après-midi en bien meilleure forme que si j’avais socialisé pendant tout le repas. Ça paraît contre-intuitif mais c’est ce qui fonctionne pour moi.

Un exemple perso : j’étais à la Cité des Enfants à Paris avec mon fils Léon et mon mari. Il y avait des enfants qui hurlent dans tous les sens, des activités dans tous les sens et un niveau sonore de dingue. À un moment, j’ai demandé à mon mari de s’occuper de Léon et je suis allée m’asseoir dans un coin plus calme, un peu en retrait. Je suis restée là 1 heure. Et je suis revenue en bien meilleure forme pour le reste de l’après-midi. La bulle de recharge, ça marche à n’importe quelle échelle.

Après l’événement : le protocole de récupération

Avec tout ça en place, tu arrives à la fin de l’événement avec la batterie à 50 plutôt qu’à 0. C’est l’objectif. Parce que le problème, c’est que tu rentres et que tout le monde attend quelque chose.

Moi, quand je rentre d’un déplacement, le soir il y a mon fils, mon mec qui demande ce qu’on mange, les messages accumulés sur la journée. Tout ça s’additionne sur une batterie déjà entamée. Et c’est ce qui fait basculer le 50 % restant en crash complet.

La réponse : un sas de décompression pensé AVANT de partir.

Je te partage quelques sas que j’utilise moi-même :

Une nuit supplémentaire. Pendant longtemps, je rentrais le soir même et j’enchaînais directement. Quand j’ai commencé à prendre une nuit seule en plus après les déplacements importants, j’ai compris à quel point ça changeait tout. Je profitais du spa ou je dormais sans réveil, sans personne à gérer. Je reprenais le train le lendemain avec la batterie à 100 %.

Un intérêt intense. C’est ce que tu aimes de façon illimitée, sans code social à gérer. Pour moi c’est l’aquarelle. Pour toi ça peut être une formation, une série, la lecture, le jardinage, la cuisine. S’y autoriser pleinement après un événement, même si ça paraît improductif, ça recharge.

La défragmentation. C’est ce que j’appelle “Nina qui s’assoit et qui regarde dans le vide”. Ces moments où j’ai l’impression de ne rien faire et où mon cerveau trie en réalité les informations accumulées. Il range les bons objets dans les bonnes cases. Après 2 jours d’informations, il a besoin de ce temps pour tout trier. Je m’autorise ça sans m’en vouloir.

Prévenir les proches. Avant l’événement, pas après quand tu es déjà à plat. Dire à ton entourage ou ton équipe que tu as besoin d’un ou 2 jours pour recharger. Pour qu’à ce moment-là, personne ne vienne puiser dans une batterie déjà vide.

Pourquoi c’est un enjeu business

L’épuisement après un événement, c’est un frein business réel.

J’ai des clientes qui déclinent des conférences, évitent les dîners de réseau, réduisent leurs déplacements. Qui disent non à des opportunités parce qu’elles savent que le crash va suivre et qu’elles ne savent pas encore gérer autrement.

Or, ce sont précisément ces événements qui sont au cœur des dynamiques de performance, un sujet que je creuse dans mon article sur ce que font vraiment les entrepreneuses à 1M€.

L’épuisement après un événement ne se règle pas à la force du mental, pas plus que le leadership ne se règle par le charisme inné. Il se règle avec des protocoles : d’anticipation, de protection, de récupération. Et des protocoles, ça se construit, ça s’affine, ça s’adapte à ce qu’on est.

C’est un des sujets qu’on travaille dans les Patronnes, mon accompagnement individuel pour dirigeantes établies. Pour performer sans s’épuiser ni s’excuser.

Je suis Nina Ramen

J’aide les entrepreneuses à (re)construire un business rentable
à partir de leurs propres critères.

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