Dire non quand on est people pleaser : 3 protocoles pour poser tes limites

Est-ce que tu t’es déjà dit qu’il fallait VRAIMENT que tu apprennes à dire non ?

Imagine, quelqu’un te demande d’intervenir dans une conférence, tu dis oui mais 3 jours plus tard, tu regrettes.

Objectivement, tu aurais dû dire non parce que tu détestes monter sur scène et qu’en plus, ton agenda est plein. Rien ne va et tu ne peux pas t’empêcher de t’autoflageller à coup de : “j’ai encore été trop gentille” et de “les autres savent dire non, pas moi”.

Quand on est people pleaser, qu’on cherche à faire plaisir et qu’on redoute de décevoir, poser ses limites peut être compliqué.

Et quand on est people pleaser et qu’on dirige une entreprise, c’est jackpot parce que des enjeux très concrets s’ajoutent : garder une cliente, soutenir son équipe ou préserver son chiffre d’affaires. Tu peux avoir de bonnes raisons d’accepter une demande et finir quand même par le regretter.

Dans l’épisode 54 du Divan des Patronnes, je partage 3 protocoles pour sortir de ces oui par défaut : proposer une alternative, poser une question et donner une règle. Voici comment les utiliser pour protéger ton temps et décider plus clairement de ce que tu acceptes.

Pourquoi est-ce difficile de dire non, même quand on dirige une entreprise ?

Je veux remettre du contexte parce que sinon on ajoute une couche de culpabilité dont on n’a absolument pas besoin : ton rapport au non ne se joue pas dans ta personnalité, encore moins dans ton chiffre d’affaires.

Tu sais, je vois des dirigeantes à des niveaux de business très avancés qui n’arrivent toujours pas à dire non à leur équipe, à certains prestataires, ou à leur famille. Avoir des responsabilités ne fait pas disparaître la peur de décevoir. J’ai écrit un article entier sur le sujet : être une Gentille Patronne est toxique.

Le problème dans l’apprentissage du non se joue à 3 niveaux :

  1. Dire non n’est pas un sujet individuel au départ. La société dans laquelle on est éduquée, nous conditionne, nous les femmes, à dire oui. Quand une femme dit non, on la fait passer pour la meuf chiante, autrement dit : celle qui complique tout. Ce conditionnement-là ne s’annule pas avec de la volonté. Tu te sens responsable d’un truc qu’on ne t’a jamais appris à faire.
  2. La 2ème mécanique, moins visible, c’est la charge mentale. C’est infiniment plus facile de dire non quand on est peu sollicitée. Or les femmes sont massivement sollicitées pour du travail entre humains gratuit, parental, familial, organisationnel. Le volume de demandes fait partie du problème.
  3. La neuroatypie (comme le TDAH et le TSA) ajoute une couche de difficulté. Moi j’ai les 2. Quand on est autiste ou T.D.A.H, il y a souvent une difficulté à identifier ses propres émotions et ses propres besoins. Ça s’appelle l’alexithymie. Concrètement, ça donne des personnalités très orientées vers l’extérieur, avec un thermomètre intérieur de faible intensité. Tu ne sens pas bien ce que tu ressens, donc tu ne sais pas si tu as envie de dire oui ou de dire non. Personnellement, je ne me range pas dans la catégorie des gens qui ont du mal à dire non. Je n’ai aucun problème à refuser quelque chose. Ce que j’ai mis du temps à comprendre, c’est que si je me retrouvais dans des situations que je n’avais pas choisies, c’était parce qu’au moment où on me posait la question, j’étais incapable de savoir si j’en avais envie. Ce n’est pas le même problème, et ça n’appelle pas la même réponse.

Avant de chercher comment dire non, essayons de comprendre ce qui t’a fait dire oui.

3 raisons qui peuvent te pousser à accepter

Prends un papier et note 2 ou 3 situations récentes dans lesquelles tu as accepté une demande, puis regretté. Pour chacune demande-toi : c’était où, avec qui, et pourquoi.

Puis, pour chacune, cherche la vraie raison.

Voici 3 pistes de réflexion :

  1. Tu avais peur de blesser l’autre. Une personne de ton équipe te demande de prendre tous ses mercredis parce qu’elle est mère de famille, et tu sais que ce n’est pas possible. Un ami te demande de l’aider à déménager en plein mois d’août sous 40 degrés, contre une pizza.
  2. Tu voulais accéder au bénéfice, mais pas dans ce contexte-là. On te propose un café pour faire du réseau. Tu détestes ce type d’événement, mais tu veux rencontrer des prospects. Tu as dit oui pour atteindre un objectif.
  3. Tu ne savais pas que ça allait te coûter autant. Soit c’est une situation que tu avais déjà vécue et oubliée. Moi, j’ai dit oui à 30 jours de vacances avec ma mère et mon fils, alors que j’en avais déjà fait 14 qui s’étaient terminés en branle-bas de combat comme jamais. Soit c’est une situation que tu n’avais jamais vécue, et là, tu ne pouvais pas anticiper.

Ces raisons peuvent se mélanger. Les repérer permet déjà de dépasser le “je suis trop gentille” et de voir ce qui doit changer dans ta réponse.

Avant de répondre : prends le temps de décider

Si tu ne retiens qu’un conseil, prends celui-là : quand tu hésites, diffère ta réponse. Quand tu es tiraillée entre ce que ça pourrait t’apporter et ce que ça va te coûter, ou quand tu ne sens pas si tu en as envie, tu dis ça :

“Je ne peux pas te répondre maintenant parce que je risque de prendre un engagement que je ne pourrai pas respecter. Je reviens vers toi à telle date pour te donner une réponse.”

Cette simple phrase change énormément de choses même si en l’état, tu n’as ni accepté ni refusé.

Concrètement :

  • elle te laisse le temps de réfléchir hors du moment où on te met la pression
  • elle garantit à l’autre une réponse à une date précise
  • elle te permet de répondre en asynchrone (si tu n’es pas à l’aise avec les discussions informelles, tu passes à l’écrit ou tu cales un appel dédié)
  • elle t’offre un vrai moment pour expliquer ta décision

Pour que cette règle fonctionne, il y a 2 conditions à maintenir : consigne la décision quelque part (par exemple, j’ai un endroit où je note les réponses à donner du type ”répondre à Janine sur son podcast”) et demande à la personne de t’envoyer un e-mail, comme ça tu retrouveras la demande beaucoup plus facilement.

Une fois au calme, tu pourras faire le tri entre 3 situations et choisir l’un des protocoles pour y répondre.

3 protocoles pour dire non

Avant de répondre à une sollicitation pro ou perso, apprend d’abord à savoir où tu te situes :

Est-ce que :

  • C’est non. Tu sais que tu ne veux pas accepter.
  • C’est oui, mais. La proposition t’intéresse à certaines conditions.
  • Tu ne sais pas encore. Il te manque des informations ou du recul.

Protocole 1 : dire non et proposer une alternative (poser un cadre)

Celui-là te permet de ne pas rompre le lien.

Tu reformules la demande pour montrer que tu l’as comprise, tu dis que ce n’est pas possible, et tu proposes autre chose qui répond quand même au besoin.

La structure type c’est : “Je comprends que… → Ce n’est pas possible pour moi. → En revanche, si tu as besoin de…, je peux te proposer… “.

Ok, je te partage des exemples que j’utilise au quotidien :

  • Le café réseau : “Je comprends que tu veuilles qu’on fasse connaissance. → Je n’accepte pas ce type de rendez-vous. → En revanche, si tu as besoin d’informations ou d’insights, je te propose de me les communiquer par e-mail, je te réponds sous 7 jours.”
  • Invitation podcast : “Je comprends que tu veuilles qu’on fasse un épisode ensemble. → Ce n’est pas possible pour moi, je n’accepte pas ce type de demande. → En revanche, si tu as besoin de quelques réponses rapides, je peux te faire des vocaux sur 2 ou 3 questions sur WhatsApp, que tu pourras mettre dans ton épisode.”
  • Demande d’augmentation : “Je comprends que tu veuilles qu’on revalorise ta prestation. → C’est une discussion que j’aime avoir à tête reposée, pas dans le rush. → Je te propose qu’on mette ça à l’ordre du jour du 27 janvier. D’ici là, je t’invite à préparer X, Y, Z. Est-ce que ça te convient ?”

Protocole 2 : dire non et poser une question (affiner la demande)

Certaines demandes sont trop floues pour que tu puisses te positionner. “On pourrait échanger ?”, “Tu peux regarder ?”, “Tu pourrais intervenir ?” peuvent recouvrir des engagements très différents.

Poser une question permet de comprendre ce qui est attendu avant de bloquer du temps.

  • **Le café réseau, version question. “**Je comprends que tu veuilles qu’on fasse connaissance. → En général, je n’accepte pas ce genre de rendez-vous sans ordre du jour précis. → Est-ce que tu peux me dire s’il y a un sujet spécifique dont tu voulais discuter ?” Avec une journaliste, je ne réponds pas la même chose selon qu’elle veut mon expertise sans me citer ou qu’elle me propose la couverture de Vogue.
  • Le déménagement d’un ami. “Je comprends que tu aies besoin d’aide pour déménager. → Je ne peux pas m’engager à me déplacer et à t’aider physiquement. → Y a-t-il une manière dont je pourrais t’aider ?” Faire les cartons, l’état des lieux, louer un véhicule : il y a plein de choses à faire à la place de porter des cartons.
  • **Le voyage en couple. “**Je comprends que tu aies envie d’aller faire du chien de traîneau à l’autre bout du monde. → À quel point c’est important pour toi que je sois là précisément pendant ce voyage ? → Quelles activités tu as envie de partager avec moi ? Y a-t-il une alternative qu’on peut imaginer qui permettrait d’assouvir ta soif d’aventure et mon besoin de confort ?”

Tu découvres peut-être que l’autre ne veut pas du traîneau tous les jours, ou juste que tu fasses le trajet. Tant que tu n’as pas posé la question, tu refuses une demande que tu n’as pas entièrement comprise.

Protocole 3 : dire non et donner une règle (fermer le sujet proprement)

Ici, on parle d’un non ferme.

Le piège du “je n’ai pas le temps”, c’est que c’est une fausse excuse. Ça laisse la porte ouverte à un “et dans 6 mois ?” “Et si je décale de deux semaines ?”. Tu te retrouves coincée, incapable de refuser une 2ème fois sans que ça devienne bizarre. Si dans 6 mois tu n’as toujours pas le temps, c’est que tu ne veux pas.

La règle ici c’est de dire la vérité et poser un cadre lisible sous forme de règle.

Une règle fait 2 choses : elle te dit à toi dans quel cadre tu dis oui, et elle permet à l’autre de comprendre pourquoi c’est non.

  • **Les invitations podcast. “**J’ai beaucoup de sollicitations de ce type, donc je suis obligée de sélectionner mes partenaires. → Je collabore uniquement sur des podcasts établis qui ont minimum 50 épisodes et deux ans d’existence. → Tu peux me recontacter à ce moment-là, ce sera un plaisir d’enregistrer avec toi.” La personne comprend pourquoi c’est non et elle peut revenir à un moment où elle respectera ta règle.
  • **Les rendez-vous réseau. “**Mon agenda ne me permet pas de faire ce type de rendez-vous en dehors des discussions avec mes clients, mes prospects ou mes partenaires.” Si la personne n’est ni cliente, ni prospecte, ni prestataire avec qui je peux bosser, c’est mort.
  • Les beaux-parents. Si tu dois dire non tous les week-ends et sortir une excuse à chaque fois, c’est fatigant et ça crée du conflit. La règle enlève la négociation : “J’y vais une fois par mois.” Ou : “J’y vais si c’est pour le goûter, parce que le déjeuner ne me convient pas.”

Chaque non te coûte de l’énergie.

Plus tu as de règles, plus les gens te comprennent, et plus les échanges deviennent simples.

Comment évaluer une opportunité avant de dire oui ?

Une dirigeante peut refuser une demande pénible et hésiter longtemps devant une proposition intéressante. Un partenariat, un événement ou une nouvelle mission peuvent être bons pour l’activité tout en te prenant la place dont tu as besoin pour autre chose.

Sois bienveillante avec toi-même : on se retrouve toutes dans des situations où on a dit oui et où on s’est trompée. Le problème, c’est de faire la même erreur en boucle.

La 1ère fois, tu découvres qu’un événement de networking t’épuise. La 2ème fois, tu le confirmes, ce genre d’évènement te coûte des points de vie.

Si tu y vas 10 fois, c’est que tu n’as pas réussi à intégrer que ça te coûtait trop.

Alors avant de répondre, va chercher dans ton expérience. Je t’invite à te poser ces 3 questions, dans cet ordre. L’intérêt, c’est de séparer les bénéfices des inconvénients au lieu de refuser en bloc.

  • Est-ce que j’ai déjà vécu une situation similaire ? Quand il a fallu que je passe 30 jours chez ma mère avec mon fils, j’aurais pu me douter que ça allait me coûter puisque j’avais déjà vécu ça.
  • Qu’est-ce que j’ai aimé, qu’est-ce que je n’ai pas aimé ? Je n’aime pas les événements de réseau, mais j’adore le déjeuner tous ensemble et les moments informels entre les conférences.
  • Comment je transforme ça ? Une fois que tu sais ce qui te coûte précisément, tu peux poser des règles et demander des ajustements au lieu de dire non.

Ce que ça donne chez moi :

  • 30 jours chez ma mère, d’accord, mais je prends un appartement à côté.
  • Cet événement de réseau, d’accord, mais je ne suis là que pendant les conférences. En dehors, je travaille au calme, et je suis capable de demander s’il y a une salle silencieuse.
  • Cet enregistrement de podcast, d’accord, mais pas si je dois traverser tout Paris, arriver en sueur et perdre une demi-journée. Je demande donc si c’est possible à moins de 10 minutes de chez moi, ou qu’on m’envoie un taxi.

Plus tu tires les bénéfices sans les inconvénients, plus tu peux imaginer une manière écologique de dire oui, qui ne te coûtera pas d’énergie.

Poser des limites aux demandes qui débordent sur ton travail

Les sollicitations ne s’arrêtent pas aux portes de ta boîte.

Le meilleur exemple, c’est une cliente avec qui j’ai travaillé ce sujet. Elle est un pilier pour sa famille, ses parents, ses sœurs. Tout le monde lui demande beaucoup. Elle a des valeurs familiales très fortes et elle ne se voit pas leur dire non. Ce n’est pas négociable pour elle, et elle a raison.

Sauf que sa mère et sa sœur l’appellent en pleine journée de travail, que la conversation prend 2 heures et qu’elle gère la logistique familiale au milieu de ses créneaux de production. Ça, ça ne lui convient pas.

Elle n’a pas dit non, elle a dit oui dans son cadre à elle.

Ce qu’elle a fait :

  • Elle a sensibilisé les personnes de sa famille et leur a expliqué son fonctionnement.
  • Elle a fixé un créneau d’appel entre 12h et 14h, avec 30 minutes de disponibilité.
  • Elle a demandé qu’on lui envoie plutôt un vocal avant d’appeler, parce que c’est plus facile pour elle de le consulter.
  • Elle a bloqué tous ses vendredis après-midi, un créneau dédié uniquement aux tâches pour sa famille.
  • Le reste de la semaine, elle continue de dire oui aux demandes, mais elle annonce clairement que les tâches sont faites le vendredi.

Elle a pu poser un cadre viable pour elle et le lien avec sa famille n’a pas été rompu pour autant.

Ce qui se passe si tu ne changes rien

Sans protocole ni règle, tu accumules :

  • des oui que tu n’as pas choisis, donc des heures que tu n’as pas décidées
  • de l’énergie dépensée à inventer une excuse à chaque sollicitation
  • du conflit larvé, parce que les fausses excuses finissent par se voir
  • et du ressentiment envers des gens qui n’ont rien demandé d’autre que ce que tu leur as laissé demander

Au bout de ce chemin, il y a ce que j’appelle la ligne de douleur : réussir, et rêver quand même que tout s’arrête.

C’est là que la charge mentale entre en jeu, et c’est pour ça que je refuse de traiter ce sujet uniquement comme une histoire de confiance en soi.

Le cas de ma cliente, c’est un cas de charge mentale.

Il y a bien sûr la difficulté à dire non et l’éducation à dire oui.

Mais il y a surtout le fait qu’on a énormément de choses à traiter, familiales et professionnelles. Et quand on est une femme, on doit poser des limites plus souvent que les autres.

Les protocoles que je te partage ne règlent pas cette injustice mais ils sont là pour t’éviter de la payer le prix fort.

Quand les phrases pour dire non ne suffisent plus

Reprends les situations notées au début. Pour chacune, écris la réponse que tu aimerais donner aujourd’hui : demander du temps, proposer une alternative, préciser le besoin ou annoncer une règle. Tu auras une base pour la prochaine sollicitation.

Puis regarde ce qui revient. Est-ce toujours la même cliente qui demande plus que prévu ? Les mêmes décisions qui remontent jusqu’à toi ? Les mêmes opportunités que tu acceptes alors qu’elles t’éloignent de ce que tu veux développer ?

Ces répétitions donnent des indications sur le fonctionnement de ta boîte.

Tu peux avoir appris à poser tes limites et continuer à manquer de place pour réfléchir, créer ou préparer la suite. Si ton activité dépend de ta disponibilité permanente, il devient utile de revoir ce que tu vends, ce que tu portes et la manière dont les décisions se prennent. Souvent, c’est un sujet de délégation avant d’être un sujet de limites : comment déléguer pour récupérer du temps et de l’énergie.

Et je sais que cet arbitrage peut faire peur. Tu as construit une activité qui te rémunère, parfois une équipe, et tu tiens à cette sécurité. Tu veux pouvoir changer ce qui t’épuise tout en prenant soin de ce qui fonctionne.

C’est ce qu’on vient remettre à plat dans Les Patronnes. J’accompagne 20 entrepreneuses par an, uniquement sur candidature (et je lis personnellement chaque dossier). Si tu veux retrouver de la place pour diriger une entreprise dans laquelle tu as encore envie de travailler, tu peux découvrir le parcours et déposer ta candidature.

Je suis Nina Ramen

J’aide les entrepreneuses à (re)construire un business rentable
à partir de leurs propres critères.

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