Être une Gentille Patronne est toxique

On a été éduquées à être aimées avant d’être respectées. Ce conditionnement infuse toute notre manière de diriger, de manager, de dire oui, de ne pas dire non. Il finit par nous coûter en croissance, en énergie et en plaisir à faire notre métier.

La plupart des entrepreneuses que j’accompagne sont dirigeantes et presque toutes ont développé la même chose : une culture du care. Prendre soin des autres, prendre soin de leur équipe, créer un cadre où tout le monde se sent bien. Ce n’est pas un hasard : on est élevées pour ça en nous présentante ça comme une qualité. Mais c’est aussi une manière de nous faire passer en dernier. C’est ça, le piège de la dirigeante trop gentille.

 

 

Les femmes de pouvoir sont toujours la méchante de l’histoire

 

La méchante reine, c’est l’archétype de la femme de pouvoir : elle sait ce qu’elle veut, elle drive les choses, elle est au sommet et elle exerce son pouvoir. Et, on nous la présente comme méchante. Alors que à bien y regarder, elle devrait être l’héroïne de l’histoire : une femme au sommet qui assume.

Même chose avec les sorcières. À l’origine, c’étaient des femmes de pouvoir dans les villages : elles soignaient, connaissaient les plantes, aidaient les autres femmes à accoucher. Souvent sans homme, veuves ou célibataires, souvent sans enfant. Le monde patriarcal a écrasé et transformé ce pouvoir pour les présenter comme mauvaises jusqu’à la chasse aux sorcières.

Quand on a du mal à exercer son pouvoir, quand on ne veut surtout pas faire de mal à son équipe, on se met de côté. Et nos objectifs, nos ambitions, notre plaisir avec.

 

Le balancier de la dirigeante : chamallow ou méchante reine

 

Ce que je vois chez mes clientes, c’est un balancier. 

D’un côté : je suis gentille, je suis dans le care, je laisse tout faire. Et puis un jour, j’en ai ras-le-bol. Alors je pose ma limite mais je la pose de façon très violente. Je braque tout le monde et je finis par incarner exactement la méchante reine que je voulais éviter.

Il n’y a donc que ces 2 images du pouvoir féminin : soit très chamallow (= dans le soin), soit méchante reine (= la violence). Ni l’une ni l’autre n’est saine. Et si c’est si difficile d’en trouver une 3ème, c’est qu’il n’y a pas d’autre modèles. Tout le travail, c’est d’aller chercher les nuances entre ces 2 extrêmes et de trouver la tienne.

 

Tu fais le travail de ton équipe…à sa place !

 

Une dirigeante qui fait plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires se retrouve un lundi matin, assise par terre sur la moquette de son bureau, à 7h, à attendre Enedis pour l’ouverture des compteurs. Ce n’était pas son rôle. C’était celui d’une personne de son équipe qui n’a pas pu venir à cause de la canicule. Alors elle a dit : “OK, je vais le faire” Et à ce moment précis, elle s’est demandé : “Qu’est-ce que je fous là ?”

C’est une scène micro qui raconte un problème méta. 

Ça peut être ton prestataire, ta freelance, une personne de ton équipe. À chaque fois, la même phrase : “Laisse tomber, je vais gérer”. Et tu accumules des tâches qui ne sont pas de ton ressort, tout en payant quelqu’un dont c’est le travail.

Quand on creuse, ce n’est presque jamais “les autres sont incompétents”. C’est : “Je voulais protéger cette personne”. La croyance en dessous c’est : une bonne manager protège son équipe. Sauf qu’il y a un paradoxe. En voulant protéger les gens et en faisant les choses à leur place, on les dépossède de leur capacité d’action.

Un jour, mon assistante m’a dit quelque chose qui m’a marquée : “Nina, quand tu fais ça, tu m’insultes”. J’ai répondu : “Comment ça ? Je t’aide”. Et elle : “Non. Le fait que tu fasses mon travail, ça me montre à quel point je le fais mal”. Elle avait raison. Quand je fais le travail à la place de quelqu’un, le message que j’envoie, c’est : tu es nulle, tu ne sais pas faire et tu ne sauras pas apprendre. Pire : sur une tâche qu’elle ne maîtrise pas encore, je l’empêche de devenir meilleure.

L’analogie que je garde pour ça, c’est la bouée. 

En secourisme, quand quelqu’un se noie, la pire chose à faire, c’est de plonger : tu risques de couler à sa place et de t’épuiser. La bonne chose à faire, c’est de tendre un bâton, une bouée, un objet pour qu’elle se sauve elle-même. Quand je fais le travail de mon assistante, je plonge dans l’eau glacée. Je me rajoute une heure de travail, je me mets en danger et quand la dirigeante se noie, c’est toute la boîte qui est en danger. La vraie question n’est pas “comment je la sauve”, mais “comment je lui envoie une bouée pour qu’elle se sauve elle-même”.

 

Se séparer d’une salariée qui ne performe pas (sans être une mauvaise personne)

 

Autre exemple. Une dirigeante sait très bien qu’une personne de son équipe ne performe pas, et ne performera jamais à son niveau d’attente. Quand je lui dis qu’il faut s’en séparer, elle me répond : “Non non non, tout le monde a sa place dans ma boîte. Je ne veux me séparer de personne”. Sous-entendu : je ne suis pas quelqu’un qui vire les gens, je ne veux pas être cette personne-là.

Regarde comme tout est chargé négativement. Se séparer d’une collaboratrice = être une mauvaise personne, une méchante reine. Alors on trouve 1001 raisons de ne pas le faire.

Mais en posant les vraies questions elle se demande comment se sent cette collaboratrice ? Probablement qu’elle aussi sait très bien qu’elle n’est pas à la hauteur. Elle est en difficulté, elle surcompense. Et, elle s’épuise. En plus, elle tire les autres vers le bas en accusant la boîte et le système pour justifier ses résultats. La laisser dans cette situation, en sachant qu’il n’y a aucune place dans l’entreprise où elle pourrait s’épanouir, ce n’est pas la protéger. C’est la regarder galérer en sachant qu’elle n’y arrivera jamais.

Si une personne n’est pas douée pour nager, peut-être qu’elle l’est pour autre chose. Or si tu t’obstines à la remettre à l’eau en lui criant “nage !”, c’est toi qui la met en difficulté. Être une bonne dirigeante, dans ce cas précis, c’est ouvrir la conversation : “Tu n’es pas dans ton élément. Comment on sort de cette impasse par le haut ?

Cette dirigeante a fini par se séparer de cette personne. Résultat : toute l’équipe a été boostée. Des gens qui voulaient partir sont restés parce que l’ambiance était devenue bien meilleure. En voulant “sauver” une personne, elle sacrifiait en réalité 5 personnes autour moins performantes et parfois malheureuses au travail.

 

L’oppression que tu reproduis sur toi

Il y a un dernier réflexe que j’entends souvent : “Je ne veux pas reproduire le système d’oppression”. Beaucoup de dirigeantes ont vécu des managers marche-ou-crève, incapables de comprendre leur vie de mère, l’école qui ferme, les enfants à récupérer. Alors elles refusent d’être “la méchante” qui exerce le pouvoir de façon dure.

Sauf que ce système d’oppression, en réalité, tu le reproduis quand même sur toi. Tu te construis un cadre où tu ne fais pas respecter tes limites, où tu dis oui à tout, où tu réponds à des injonctions qui ne sont pas les tiennes : être gentille, être douce. La personne que tu oppresses, c’est toi.

C’est l’histoire de l’éléphant. 

Petit, on l’attache à une corde qu’il ne peut pas arracher. Devenu grand et puissant, il reste persuadé qu’il ne peut pas la casser alors qu’il en a largement la force. Le système commence à l’extérieur, imposé par un manager, un cadre. Puis on l’internalise. Et on se recrée, en tant que dirigeante, un poste où l’on subit les mêmes oppressions : je dois plaire à tout le monde, je dis oui, j’ai du mal à poser mes limites. Le propre des systèmes de domination, c’est qu’au bout d’un moment, ils n’ont plus besoin d’oppresseurs.

 

3 exercices pour poser tes limites de dirigeante

 

1. Le test du miroir “Et si j’étais un homme blanc privilégié”. Face à une tâche ou une situation délicate, demande-toi : est-ce qu’un mec blanc privilégié, sorti d’école de commerce, à la tête d’une entreprise de ce niveau, ferait ça à ma place ? Est-ce qu’il irait s’asseoir sur la moquette pour attendre EDF ? Probablement pas. Puis note : pourquoi je le fais, moi ? Qui je veux protéger et de quoi ?

2. Nomme tes peurs, très précisément. Un verbatim que j’entends tout le temps : “J’ai peur d’exploiter les gens” Ou “j’ai peur d’être perçue comme égoïste” Alors écris-le noir sur blanc. Prends la peur (“être égoïste”) et définis concrètement ce que ferait la dirigeante la plus égoïste que tu connaisses : dire non à toutes les demandes de congés, ne jamais donner d’augmentation etc. Tu vas vite voir que poser une limite saine n’a rien à voir. Ça rationalise tout.

3. Demande-toi de quoi tu prives vraiment la personne. Quand tu te dis “je fais ça pour la protéger”, retourne la question : en faisant à sa place, qu’est-ce que je lui enlève ? En faisant la tâche de mon assistante, je lui renvoie qu’elle n’est pas capable et je la prive de trouver son propre système pour la prochaine fois. Résultat : elle revivra la même galère, au lieu de la régler une bonne fois pour toutes.

 

Entre la chamallow et la méchante reine, il y a toi

 

On n’a pas à choisir entre la dirigeante trop gentille qui s’efface et la méchante reine qui écrase. Entre ces 2 extrêmes, il y a toute une palette de nuances et une manière de diriger qui protège à la fois ta croissance personnelle et la performance de ta boite. C’est ce que j’explore avec mes clientes, en coaching individuel comme dans Les Patronnes.

 

Je suis Nina Ramen

J’aide les entrepreneuses à (re)construire un business rentable
à partir de leurs propres critères.

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