“Les entrepreneurs sont des machines à produire qui carburent à l’anxiété.”
J’ai lu cette phrase récemment dans un livre de Morgan Housel (La pyschologie de l’argent), et elle m’a marquée parce qu’elle fait le lien entre l’anxiété et la performance.
La plupart des entrepreneuses qui réussissent sont des personnes extrêmement anxieuses, d’une manière ou d’une autre. Je le vois dans mon entourage ou chez les créatrices de contenu qui partagent leurs coulisses (l’une d’elles a même fait une vidéo sur le fait qu’elle avait eu un ulcère).
Moi aussi, je fais partie de la team anxieuse.
Alors cette phrase a beaucoup résonné en moi, et elle m’a permis de comprendre plusieurs idées que j’avais. C’est ce que je te partage dans cet article.
Si tu préfères, tu peux écouter la version audio qui correspond à l’épisode 56 du Divan des Patronnes : https://smartlink.ausha.co/nina-ramen/les-entrepreneurs-sont-des-machines-a-produire-qui-carburent-a-l-anxiete
Si je stresse, je vais performer davantage
En creusant le lien entre performance et anxiété, j’ai trouvé 2 choses.
1. Être de bonne humeur, ça fait performer. Une compilation d’études publiée en 2005 (Lyubomirsky, King et Diener) conclut que les émotions positives sont probablement une des causes du succès, y compris au travail. Et à l’université de Warwick, des chercheurs ont mis des gens de bonne humeur avec une vidéo comique, du chocolat ou une boisson : ils étaient environ 12 % plus productifs.
2. Personne n’a prouvé que l’anxiété nuisait à la performance. On n’a pas de preuve que plus d’anxiété entraîne moins de performance.
Et puis il y a le fameux stress positif. L’idée de se dire : “OK, si je stresse, alors je vais performer davantage.”
Des études ont montré qu’il existe, en partie. Dès 1908, 2 psychologues (Yerkes et Dodson) ont montré que la performance monte avec le stress, mais seulement jusqu’à un certain point. Après, elle redescend, surtout quand la tâche est complexe. Ça fait une courbe en U inversé.

Je sais que j’avais cette croyance sur mon propre niveau de stress (et que je l’ai peut-être encore aujourd’hui).
Par exemple, je suis toujours inquiète de la manière dont mes clientes vont vivre mon coaching. Est-ce que ça va vraiment les aider ? Ça me coûte parce que ça me stresse et ça me fait moins apprécier le moment. Mais c’est aussi cette peur-là qui fait que :
- je prépare chaque session à fond
- je prends toujours plus de temps
- je fais toujours des choses en plus
- je sur-délivre à chaque fois que j’accompagne quelqu’un
Je pourrais voir cette anxiété comme un simple problème. Sauf que sans elle, je performerais moins et je rendrais des choses moins efficaces.
La boucle dans laquelle je tournais sans fin

Ça a ancré chez moi une croyance : mon anxiété me permet de performer. C’est-à-dire :
- plus j’ai d’anxiété, plus je stresse
- plus je stresse, plus je travaille
- plus je travaille, plus je réussis
- plus je réussis, plus je gagne d’argent
- et plus je gagne d’argent, moins je suis anxieuse
La dernière partie n’est pas vraie, j’y reviens plus tard.
J’avais 500 000 € de trésorerie et peur de finir à la rue
Le carburant principal de cette boucle, c’était l’argent.
Avec Ramen ta Fraise, j’accompagnais des entrepreneuses à performer sur LinkedIn via des bootcamps. J’avais déjà une anxiété très forte par rapport à l’argent, ancrée dans mon enfance (j’en ferai peut-être un épisode). Je l’ai beaucoup moins aujourd’hui, aussi parce que j’en ai gagné beaucoup et que ce n’est plus un sujet dans ma vie.
Mais à l’époque, c’était très présent. Le fait d’avoir toujours peur de manquer d’argent, c’est probablement une des choses qui m’a poussée à vouloir faire grandir cette boîte, à faire un maximum de cash et de marge.
Pourquoi j’appelle ça de l’anxiété ? Parce que ce n’était pas juste une peur. C’était une peur irrationnelle.
Factuellement, j’ai un diplôme. Même si demain j’arrêtais d’être entrepreneuse, il y avait 90 % de chances pour que je retrouve du travail, et quasiment 0 % de chances pour que je me retrouve à la rue.
Et pourtant, alors même que ma boîte faisait plus d’1 million d’euros de chiffre d’affaires, et que j’avais plus de 500 000 € de trésorerie, je continuais à penser que j’allais crever la dalle. Comme si c’était quelque chose de très probable.
Il y avait une dissonance entre la réalité de ma vie et la manière dont je me percevais.
Ce que mon anxiété me rapportait

À cette époque-là, je me suis posée cette question (qui peut paraitre bizarre dit comme ça) : est-ce que j’avais vraiment envie de me débarrasser de mon anxiété ?
Si demain je n’ai plus cette peur viscérale de finir à la rue, justifiée ou pas, est-ce que j’aurai encore la motivation de réussir ? Dans la nature, les animaux courent beaucoup plus vite quand un prédateur les chasse que quand ils chassent pour se nourrir. Toi aussi, tu cours plus vite poursuivie par un ours que pour aller choper la dernière barbe à papa.
J’avais peur de me débarrasser de cette anxiété parce que je la trouvais efficace. C’était, à mon sens, le revers de la médaille à payer pour le succès.
Et ça, c’était une deuxième croyance : “OK Nina, tu gagnes beaucoup d’argent, tu surperformes, tu es anxieuse, mais de toute façon on n’a rien sans rien.” Qui dit + de monde, + de clients, dit + d’incertitudes, + de possibilités que quelque chose déconne. Je n’imaginais pas de monde où ça fonctionnait ET où j’étais sereine.
Quand j’ai lu la phrase de Morgan Housel, je me suis dit : c’est tellement vrai. Et, ça m’a fait réaliser à quel point j’étais dans une roue de hamster. Je produisais à fond parce qu’en réalité, c’était la seule manière que j’avais trouvée pour me sentir plus safe dans mes angoisses, notamment mes angoisses par rapport à l’argent.
On parle beaucoup de santé mentale aujourd’hui, et je suis la 1ère à être hyper alerte sur ce sujet. Mais quand on est dans ces mécanismes-là et qu’on y reste, c’est qu’on y trouve des bénéfices. À l’époque, si je restais dans cette anxiété, c’est que dans ma tête, il y avait plus d’avantages que d’inconvénients.
Donc si tu vis ça aujourd’hui, pose-toi la question : quels sont les bénéfices de ton anxiété ? En quoi elle t’est utile ? À quoi elle te sert aujourd’hui ? Ça permet de se réconcilier avec ce qui existe. C’est peu conventionnel de dire ça, mais l’anxiété te pousse probablement à faire des choses que tu n’aurais pas faites sans elle.
Plus j’avais d’argent, plus j’avais peur d’en perdre
J’ai observé que mon anxiété était à son apogée au moment où j’avais le plus de performance et le plus d’argent sur mon compte. Plus je gagnais d’argent, plus j’avais peur de ne plus jamais en gagner.
Je me disais : “OK Nina, il te faut X millions d’euros, il faut que tu y arrives le plus vite possible.” J’y suis arrivée assez vite. Et j’étais toujours anxieuse, voire plus anxieuse.
Ça m’a fait m’interroger sur l’efficacité de cette course à l’argent et à la réussite par rapport à l’objectif que je poursuivais. J’ai commencé à me dire que ça ne résolvait pas mon problème, et à chercher d’où venait cette anxiété financière (j’en ferai un autre épisode).
Si tu es dans cette situation, je te pose la question : quand ton chiffre d’affaires ou ta marge ont augmenté, est-ce que ça a apaisé ton anxiété ? Ou est-ce que c’est l’inverse ?
Je savais que je ne tiendrais que 2 ans
Pendant que je faisais le plus d’argent et le plus de marge, je savais que je ne pouvais pas tenir. Tu peux mettre entre 500 000 € et 1 million sur un compte chaque année, mais tu sais que tu ne le feras que pendant 2 ans.
Le niveau de croissance auquel j’étais tenue n’était humainement pas possible pour qui j’étais et ce que je pouvais absorber. La croissance a été géniale. L’état dans lequel je me mettais pour la maintenir, beaucoup moins. Et ça ne pouvait pas perdurer.
Et ça en rajoutait une couche. Je me disais : j’ai 1 ou 2 ans devant moi, donc il faut que je fasse 2, voire 3 fois plus. Parce qu’après, je ne pourrai plus, et je n’ai aucun plan pour le futur.
Plus je faisais d’argent, plus je me disais qu’il fallait en faire encore plus. Le fait de savoir que l’épuisement était là, ça accentuait encore plus mon anxiété, et l’anxiété maintenait la machine en route.
Le 1er levier : un mode tenable pendant 10 ans
À partir du moment où j’ai arrêté de me mettre dans un état de surproduction et de surchauffe, j’ai gagné confiance dans le fait que je pourrais tenir comme ça pendant 10 ans. Et donc, j’ai eu moins besoin de faire de l’argent à court terme.

Avant :
- environ 60 heures par semaine
- 40 personnes dans l’équipe
- environ 500 000 € de marge sur 1 million de chiffre d’affaires
- un rythme que je savais ne pas pouvoir tenir, donc l’envie de faire toujours +
Aujourd’hui :
- mes coachings individuels, avec quelques clientes
- entre 400 000 et 500 000 € de CA avec mon activité de coaching, et un niveau de marge exceptionnel
- une 30aine d’heures par semaine, selon mes coachings et ma création de contenu
- peut-être 200 000 € sur le compte au final
- 1 semaine de vacances toutes les 6 semaines
Et je sais que je peux tenir ce rythme encore 10 ans sans m’ennuyer. Au contraire, je vais adorer.
Mes journées, même les plus chargées et où j’ai moins d’énergie, restent à 80 % de plaisir minimum. Oui, je suis parfois fatiguée. Avant, dans le pic d’intensité, j’étais entre 0 et 30 % de kiff parce que j’optimisais l’argent.
Aujourd’hui, j’optimise la longévité. C’est bizarre à dire, mais gagner moins d’argent a calmé mon anxiété parce que je sais que c’est viable sur le long terme. Je n’ai plus besoin de scaler maintenant, ni de recruter maintenant. Si ça prend plus de temps, ça prendra plus de temps.
Ce que j’ai gagné en sécurité émotionnelle est immense.
Encore une fois, c’est mon chemin. Mais je te pose quand même la question : si tu avais la certitude de pouvoir tenir ton rythme encore 10 ans, est-ce que ton niveau d’anxiété serait aussi élevé ?
Le 2ème levier : garder du temps pour innover
Ma 2ème inquiétude, c’était mon marché.
En 2021, mon bootcamp LinkedIn cartonnait, et je savais qu’il y avait un effet d’opportunité derrière. J’avais peur que cette fenêtre se referme. Je me disais : ça fait de l’argent aujourd’hui, mais demain la hype sera passée, ça sera has-been, les gens n’auront plus envie de me suivre. Donc je dois prendre un maximum de cash tout de suite.
Ce que je n’avais pas vu : je ne passais plus aucun temps à réfléchir à mon prochain produit. C’est ce que j’appelle la R&D. 100 % de mon temps allait à performer, 0 % à préparer la suite. Et ça, c’était hyper anxiogène : le jour où ça s’écroule, je n’ai rien vers quoi me retourner, pas de plan B.
Aujourd’hui, j’ai du temps dédié à regarder ce qui se passe sur mon marché, ce qui compte, comment on intègre l’IA. Je suis certaine à 80 % que même si mon métier disparaissait demain, je serais capable de créer une nouvelle offre. Parce que je ne suis plus en train de courir dans ma roue du hamster : j’ai le temps de réfléchir, de comprendre ce qui fonctionne et de m’adapter.

Quand tu es dans une logique d’optimisation et de rentabilité, tu n’as pas ce temps-là. Et ça alimente l’anxiété, parce que tu n’es pas à l’écoute de ce qui se passe. ~~~~100 % de ta bande passante est mobilisée sur ta croissance. Tu n’as pas la possibilité de te consacrer au développement de nouvelles offres, ni de mettre ton produit à jour.
L’exemple de Kodak : la référence qui a arrêté d’innover
Dans les années 90, Kodak, c’était LA marque des appareils photo jetables. Puis le digital est arrivé avec le téléphone. Kodak est restée sur ses produits de base, sans innover et elle a décliné.
C’est ce qu’on appelle en économie la courbe en S.

Au début, un produit rencontre son marché, il décolle, il atteint son pic de croissance, puis il se stabilise. Ce cycle dure environ 5 ans. Si tu n’as pas investi dans la recherche à ce moment-là, le produit décline (et l’entreprise avec, potentiellement).
Mon bootcamp LinkedIn a suivi cette courbe : l’innovation avait permis la croissance, puis ça s’est stabilisé. Si je n’avais pas arrêté, ça aurait pu finir par décliner.
Ce qui m’a sécurisée, ce n’est pas l’argent
Ce qui a fait baisser mon anxiété, ce sont 2 choses : un rythme que je peux tenir 10 ans ou +, et du temps pour innover.
Aujourd’hui, ça me sécurise énormément de savoir que j’ai la capacité de pivoter, de changer, d’actualiser mon offre. Je le fais d’ailleurs toutes les semaines. J’optimise non seulement le cash d’aujourd’hui, mais aussi celui de demain.
Je ne suis plus dans le « je dois surperformer et me mettre en surrégime aujourd’hui ». Je construis quelque chose de stable, et j’investis aussi sur le long terme, pas seulement sur la performance immédiate.
Si ton anxiété te fait performer, je ne te juge pas
La conclusion de tout ça, c’est surtout de ne pas juger.
Si aujourd’hui tu sens que ton anxiété te fait performer, qu’elle t’est utile, que ta logique c’est de cash out le maximum maintenant avec un objectif à trois ans, et que tu es OK de vivre comme ça : c’est une manière de faire.
Et il y a aussi plein d’autres alternatives. Comment est-ce que je peux naviguer ? Comment est-ce que je peux réduire mon anxiété, peut-être réduire ma performance, tout en me sécurisant professionnellement ? Pour moi, c’était surtout parce que je savais que je n’allais pas tenir ce rythme, et que je n’innovais pas.
Alors, voilà la question que je te laisse : quels sont les éléments sur lesquels tu peux venir travailler pour te sécuriser, pour ne plus avoir besoin d’être toujours en surrégime, toujours à 110 % ? On sait très bien que ce n’est pas tenable sur le long terme.
Ne sois plus une machine à produire qui carbure à l’anxiété
Si tu t’es reconnue dans cet article, tu fais sans doute partie des entrepreneuses qui ont réussi. Ton business tourne déjà, tu génères de vrais revenus, tu connais ton marché. Et pourtant, tu tournes en surrégime, parce que ton anxiété te fait courir.
Dans les Patronnes, j’accompagne des entrepreneuses qui ont réussi mais qui ont laissé l’anxiété les grignoter de l’intérieur. La racine de leur anxiété est différente pour chacune (la mienne, c’était l’argent, la tienne sera peut-être autre chose). C’est pour ça qu’on fait ce travail en 1:1.
Si tu veux sortir de ce schéma pour construire un rythme que tu peux tenir 10 ans avec du temps pour préparer la suite, les candidatures sont ouvertes toute l’année.